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Tu trouveras ici, outre l'actualité des tribulations moscovites d'un étudiant aixois, des tentatives d'articles et analyses sur la Russie d'aujourd'hui, des témoignages sur la vie quotidienne, ou encore un suivi personnel et personnalisé des élections présidentielles russes de 2008 ... Ainsi qu'un tas d'autres choses sur ce fascinant pays !

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Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /2008 12:43

« Poutine ? Connais pas ! »

C’est pratiquement ce que je pourrais vous répondre aujourd’hui. Qui est cet homme qui se cache derrière les hautes murailles de brique rouge du Kremlin ? Il n’apparaît plus nul part. Peut être une photo par ci par là dans un journal, mais enfin il ne fait pas mieux que Chirac à l’époque bénie où il était à moins de 30% dans les sondages. Poutine serait-il devenu impopulaire ? Certainement pas ! Les russes sont plus que jamais attachés à leur leader, que dis-je, leur guide, ce héros qui mène tant bien que mal la Russie dans le cyclone de ses tourments. Libertés bafouées, inflation galopante, corruption … Rien ne semble abattre la gargantuesque côte de popularité du président. Et à la limite on s’en fout !

Pourquoi ?

Parce que depuis un mois ou deux vous n’entendez plus parler de Poutine dans aucun journal. Du moins, vous n’en entendez pas parler comme avant. Notre médiocre omniprésident Sarko 1er fait en ce moment bien mieux que lui en matière d’occupation de l’espace médiatique, je vous assure ! Mais le pouvoir en Russie est une chose trop sérieuse pour être confiée au peuple. Ainsi le rejeton de Poutine, Dmitri Medvedev, proclamé quasi unilatéralement président de la Fédération deux mois avant les élections, fait la une de tous les journaux. Un jour Dima (diminutif de Dmitri) est en extrême orient, s’entretenant avec un père de famille officier de la marine militaire russe, qui se tue à expliquer que son salaire lui permet à peine de joindre les deux bouts, un autre jour il est à Moscou où il rencontre une famille modèle avec toute une ribambelle de gosses, un autre jour il est en Bulgarie, ancien allié de l’URSS…

Bref, exit Vova (Vladimir), Welcome Dima ! Ah, la constante du pouvoir russe ... Quelque chose de fascinant ! Une telle pérennité dans l’exercice des affaires de l’Etat peut nous laisser pantois, nous qui en France nous entre-déchirons à la moindre échéance électorale. Pauvre Russie, si traumatisée par ses vieux démons : Instabilité, mafia, anarchie … Personne ne veut plus de cela ici. Les années 90 furent trop atroces, le pays était en danger de mort. Alors on sacrifie sur l’autel de la stabilité les valeurs d’une démocratie dont pratiquement personne ne veut.

 

Actuellement, le Kremlin agit de la même manière qu’il l’avait fait pour Poutine. L’appareil du pouvoir avait fabriqué la « marque » Poutine, il créé aujourd’hui le produit Medvedev. Dans un pays où se mêlent la puanteur du néolibéralisme et la fascination du pouvoir, on assiste inévitablement à un rapprochement du politique et de l’économique, bien plus qu’ailleurs (même si la France, de ce point de vue-là, semble elle aussi sur la mauvaise pente). Poutine était devenu un bien de consommation, pratiquement comme un autre. Vous achetez avec des roubles du coca cola pour étancher votre soif comme vous achetiez du « Vladimir Poutine » avec votre « capital » de reconnaissance politique afin de vous rassurer sur l’avenir.

Et « l’aparat » (appareil du pouvoir) est exigeant : il faut que Dmitri Medvedev soit un produit au moins aussi côté que Vladimir Poutine. Les magiciens de la communication du Kremlin prétendent y parvenir avant son élection. Pourquoi pas … Certains médias français prétendent bien que nous avons un président !

 

Par Kevin Limonier - Publié dans : Elections présidentielles du 9 mars 2008
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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /2008 21:14

Nostalgiques de l’ambiance des  romans de Dostoïevski, des Misérables, du XIXème siècle ? Pas besoin d’inventer la machine à remonter le temps. Un simple billet de 60 roubles (1.80€) suffit. Quittez la planète Moscou pour vous retrouver, en quelques dizaines de minutes d’elektrichka (train de banlieue), sur la planète Russie, la vraie, celle où les villageois préfèrent s’en remettre aux prières et saintes dévotions plutôt qu’aux promesses des autorités. Cette Russie-là est bien loin de la vitrine poutinienne, au demeurant fort proprement entretenue par notre Vladou préféré, des réussites économiques que constitue le centre de Moscou. Les villages russes sont ainsi. Point de panneaux publicitaires géants ni de fast food à outrance. Simplement de paisible izbas endormies dans la sagesse d’une pauvreté séculaire. Des chemins de terre qui se transforment en boue à l’automne et au printemps, des sentiers dallés de bric et de broc (capots de voiture, chauffages en fonte, roues de Lada), des vieux édentés au fatalisme ancestral, des gamins qui jouent dans la neige. Nous ne sommes pas très loin des descriptions de Zola, et j’ai l’impression d’apercevoir la Maheude au détour d’une fenêtre. Tandis qu’une caste arriviste, composée « d’hommes d’affaire » ayant fait fortune en pillant la petite propriété russe, se pavane sur Tverskaya, symbolisant leur réussite avec force escrot-girls et hummers, les vieilles babouchkas ployées par la vie continuent d’alimenter leurs antiques poêles à bois, saccadant leurs pénibles mouvements d’amples signes de croix, comme si Dieu lui-même avait cessé d’entendre leurs plaintes.

Pourtant les exemples d’oligarques ridicules par leur inculture et leur manque de civilité sont légions dans l’histoire de la Russie, patrie de toutes les inégalités. Je ne vous ferai pas un cours d’Histoire, mais rappelez vous juste que le servage n’a ici été aboli que dans la seconde moitié du XIXème siècle. L’économie russe fonctionne aujourd’hui encore sur un système que l’on pourrait qualifier de féodal, avec des maîtres et des serfs, des clans et des vendettas. Il suffit de jeter un œil sur ceux qui tiennent aujourd’hui les raines de l’économie russe. Parents, cousins, parrains ou amis, ils le sont tous. Et tous sont plus ou moins proches du Kremlin, instance suprême qui organise la vie économique du pays « selon les intérêts vitaux de la Russie ». Et pendant que cette « élite » se dispute le pouvoir à l’abri des murs du Kremlin ou dans leurs sièges de holdings, le peuple russe subit dans une passivité exemplaire le sort que les puissants on bien daigné lui accorder. L’économie de marché se prête particulièrement bien à cette logique féodale. C’est un moyen tout trouvé d’augmenter les bénéfices sans forcement augmenter les salaires. Pourtant, selon certains indices cités par le Quai d’Orsay, Moscou serait devenue en 2007 la ville où le coût de la vie est le plus élevé du monde. Je peux témoigner personnellement de hausses brutales, un produit « de base » comme la vodka pouvant passer de 80 roubles la bouteille à 90 roubles en seulement trois jours. Et je ne parle même pas des produits de première nécessité comme le lait ou la viande, qui sont désormais hors de prix. Pourquoi de telles hausses ? La Russie, par son immensité est de loin le pays le plus riche du monde en ressources de toutes sortes, et  largement autosuffisant en théorie. Pourtant l’inflation continue d’augmenter, malheureusement à un rythme beaucoup plus élevé que les salaires. La répartition des bénéfices au sein des sociétés russes est pitoyable, les patrons et actionnaires se taillant évidemment une part royale. Beaucoup de moscovites gagnent moins de 700€ par mois, alors que les loyers dépassent 500€ pour 20 m² mal chauffés et que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Où cela s’arrêtera t il ? Je n’en sais rien.

Mais la Russie, « puissance pauvre », a toujours fonctionné sur un tel modèle. On peut critiquer son archaïsme et son injustice. Mais il est facile de remarquer la paille dans l’œil du voisin sans remarquer la poutre qui crève le nôtre. Il est facile, mesdames et messieurs les « consensualistes » du Parti Socialiste ou autres décomplexés de l’UMP, de critiquer l’atroce régime liberticide de Poutine et l’horrible injustice économique qu’est la Russie. Car chez nous tout va bien. La répartition des bénéfices est exemplaire, donc pourquoi MM. Royal et Sarkozy en auraient parlé ? Je suis déçu que les seuls qui aient osé soient les fanatiques de la LCR ou de LO. Mme Royal prétendait que le véritable problème était ce « trou » dans les finances publiques qu’il était urgent de combler, innovant à peine par rapport à Keynes qui y avait pourtant déjà pensé … dans les années 1920 ! M. Sarkozy prétend augmenter le pouvoir d’achat des français en les faisant « travailler plus ».  Super. Ce simplisme contentera sûrement la logique de plusieurs millions de téléspectateurs du 20 heures de TF1. C’est vrai quoi … Si on travaille plus on gagne plus, non ? Ben non, désolé … Je ne suis pas un cador en macroéconomie, mais en regardant autour de moi ici à Moscou, je me rends compte que notre douce France est mal barrée avec une telle logique ! Prenons quelqu’un de plus calé que moi en éco … Disons Allan Greenspan, ancien patron de la FED (Réserve fédérale, banque centrale des Etats Unis). Pas vraiment un débutant, pas vraiment un marxiste médisant. Lui-même s’inquiète de cette répartition des bénéfices de plus en plus inégale. Elle induit naturellement l’inflation puisque la richesse existe mais ne circule qu’entre quelques mains. Le cauchemar pour un banquier central ! Entre 1980 et aujourd’hui, la masse salariale française s’est dégradée de 9% par rapport aux bénéfices totaux, soit plus ou moins 100 milliards d’euros qui ont fui les portes-monnaies des français. Pourtant 2006 fut une année record de bénéfices. Où passe l’argent ?

Maintenant souvenons nous du cas russe suscité. N’y a-t-il point quelques féodales similitudes ? Le russe de base se préoccupe avant tout de sa survie et de son accès aux ressources. Le français a les mêmes préoccupations, naturellement. Les prix augmentent, donc on cherche un salaire plus élevé. On est donc prêts à travailler plus pour gagner plus. Et c’est à ce moment là de la réflexion que l’on se fait avoir, pour parler poliment. Beaucoup de russes se tuent au travail pour un salaire de misère sans avoir accès à un niveau de vie décent. J’ai peur que la France ne soit elle aussi sur la mauvaise pente. Sarkozy et ses copains des médias nous jettent de la poudre aux yeux avec la fable du « pouvoir d’achat », tandis que les socialistes se cachent derrière leur lâcheté. Non vous ne gagnerez pas plus en travaillant plus. A long terme, en poussant cette logique jusqu’au bout, vous finirez comme ces pauvres moscovites qui tous les matins, l’œil morne et l’esprit soumis par la nécessité, s’en vont se tuer à la tâche, entourés par les provocantes « merveilles » du capitalisme poutinien triomphant. Le vrai problème est la répartition des bénéfices astronomiques de l’économie française. Le néolibéralisme est un régime économique féodal, avilissant méprisant et déshumanisant qui amènera les français à se soumettre aux lois du marché jusqu’à en oublier, comme ici, leur conscience politique. Finalement, de Poutine à Sarkozy, il n’y a qu’un pas …

Par Kevin Limonier - Publié dans : Cultures slaves
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Lundi 7 janvier 2008 1 07 /01 /2008 19:56
Pour une fois que je n'ai rien à dire, je ne vais pas me gêner ... Je souhaite une très bonne année 2008 à tous les lecteurs de ce blog, et plus particulièrements aux journaliste d'oppositions dakaroises, aux barbouzes syriens, aux étudiantes pékinoises, argentines et allemandes, buveurs de guiness irlandais, stagiaires new yorkaises, indiennes et autres voyageurs aux longs cours établis (selon la rumeur) à Khatmandou.
Je vous souhaite de profiter des richesses de ce monde, que celles ci vous donnent soif de connaissances et d'idéaux, afin que nous puissions tous ramener un petit bout de nos voyages sur notre belle terre aixoise.

Allez et vivez !




Et en prime la tête du vieux camarade Leonid dans une carte de voeux ... C'est fou ce que l'URSS a pu inventer !
Par Kevin Limonier - Publié dans : Les joies et les galères d'un Aixois à Moscou
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Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /2007 17:56

Ah Moscou ! Ses églises, ses coupoles d’or, le froid, les embouteillages, le métro, les filles vulgaires … Le tout saupoudré de neige et de cet incroyable caractère slave forgé au fil des siècles, mélange de sentiments et de froideurs, de mélancolie et de patriotisme, mélange d’Orient et d’Occident. Même si Moscou se transforme à une vitesse incroyable en une capitale occidentale, cachant la misère et la grisaille soviétique sous les enseignes lumineuses géantes et les panneaux publicitaires, il est impossible de s’y tromper. L’Occident est loin et la capitale, vitrine de la « réussite économique » dont peut se targuer Poutine, garde des structures et des schémas psychologiques typiquement slaves.

Le Marquis de Custine, célèbre aristocrate et voyageur français, visita la Russie dans les années 1820, à l’époque où l’ordre moral d’un monarque illégitime, Charles X, compressait la France. Il tira de son périple un ouvrage, les « lettres de Russie », dans lequel il livre ses impressions sur le gigantesque empire des Tsars, à une époque où le rêve de certains est (presque) réalité : la Russie est alors résolument européenne, investie dans le concert des nations de l’Europe de Metternich. Pourtant, et De Custine ne cache pas sa surprise, cette Russie du Congrès de Vienne, où l’aristocratie parle français, où se développe une littérature abondante et tournée vers les « Lumières » de l’Ouest, n’est pas du tout celle qu’il imaginait. Certes Petergoff, palais du Tsar, ressemble terriblement à Versailles, certes les palais pétersbourgeois sont l’œuvre de grands architectes européens comme Rastrelli,  certes l’aristocratie parle uniquement français et s’habille à l’occidentale. Pourtant tout est différent. Le Marquis va même plus loin en notant très vite, à juste titre, que cette Russie occidentalisée est un reflet décalé, presque fantaisiste, des coutumes et de la mode de Paris, Milan ou Berlin. Ces remarques lui valurent d’ailleurs d’être la cible de véhémentes missives commises par le plus européen des hommes de lettres russes de cette époque, Alexandre Sergueïevitch Pouchkine. Quoiqu’en dise ce bon vieux Pouchkine, les remarques pertinentes du Marquis se vérifient encore aujourd’hui, 180 ans plus tard. Malgré la nuit soviétique, malgré la mondialisation de la culture et de l’économie, la Russie reste aujourd’hui un monde à part, et le russe reste quelqu’un à part. Mettez une jeune fille russe dans n’importe quelle capitale occidentale. Dites lui de s’habiller le plus « normalement » possible comme le ferait une jeune française par exemple. Eh bien il y a de fortes chances pour que la demoiselle, aussi bien travestie soit-elle en européenne, soit trahie par un détail vestimentaire saugrenu. Des talons aiguilles trop hauts, un décolleté trop ouvert, des couleurs trop voyantes … Bref il y aura sans doute quelque chose de trop.

Et c’est en cela que l’on observe tout l’héritage culturel oriental des moscovites. A vouloir imiter l’occident certains en font beaucoup trop. Les limousines – hummers (si si ça existe), les gardes du corps qui prennent leur métier très au sérieux, les femmes trop parfumées, trop maquillés, les hommes trop bien habillés… Il y a du trop partout ! Ainsi, me direz vous, c’est le juste « retour de bâton » d’une société privée de liberté pendant 70 ans qui profite d’une jouvence retrouvée. Possible. Mais ça n’est pas une explication suffisante. On ne retrouve pas de comportements aussi exacerbés dans les pays d’Europe centrale, qui ont pourtant subi un joug communiste de manière parfois fort brutale. Et puis la « liberté » a déjà une vingtaine d’années ici. Pourtant les jeunes moscovites pour qui l’URSS est le titre de la dernière leçon du livre d’Histoire ont le même comportement. Influence des aînés ? Peut être. Mais c’est surtout pour moi la réminiscence d’une ancienne Russie enfouie sous les décombres de 1917.

Le Saint Pétersbourg du XIXème siècle n’avait rien à envier au Moscou d’aujourd’hui. Les limousines et les hummers étaient des troïka ou berlines richement parées, tandis que pour les hommes et les femmes qui en avaient les moyens, leur richesse était proportionnelle à leur capacité à empiler des fourrures et à imiter les codes vestimentaires occidentaux. Et c’est toujours le cas. La seule différence étant que les aristocrates ayant disparu, ils sont remplacés par des arrivistes véreux qui n’ont pas même appris les rudiments de la politesse et de la bonne conduite « à la française » comme ils disent. Là où les Comtes et les Princes ont eu des gouvernants français (alcooliques et dépressifs pour la plupart), les nouveaux russes n’ont eu que les Komsomols, le Parti et l’école soviétique. Cette obsession de l’imitation est d’ailleurs rentrée dans le comportement standard du russe. N’oublions pas que tout cela a commencé à la fin du XVIIème siècle avec un Pierre le Grand désireux de faire de la Russie une puissance européenne. Ainsi l’aristocratie, alors forcée de se couper la barbe ou d’arrêter de manger avec les mains, prit le pli au fil des siècles. L’embêtant c’est qu’il n’existe aujourd’hui plus « d’élite » russe au sens socioculturel. La Russie est un pays de castes implicites. N’oublions pas cet héritage typiquement asiatique. L’aristocratie, décimée dans les années 20, a été remplacée par les bureaucrates du Parti qui se sont eux même cassé la figure dans les années 1980. Si bien qu’il y a aujourd’hui une segmentation des élites en Russie. Les riches détiennent souvent le pouvoir mais pas le « capital culturel ». L’élite culturelle des professeurs et intellectuels sous-payés est reléguée dans les bas fonds de la société. A mon sens un pays a besoin d’une élite « socioculturelle » (c'est-à-dire une élite où le prestige culturel est un gage de promotion sociale) pour tirer le peuple vers le haut. Rien de cela n’existe ici. L’argent est le seul facteur de promotion sociale et contribue pour une grande part dans la conquête du pouvoir. Mais ici au moins, ça ne détonne pas dans le paysage social.

Et je resterai sur cette dernière réflexion qui me rappelle un peu trop un certain président d’un certain pays hexagonal qui endort tout le monde avec ses histoires de pouvoir d’achat...

Par Kevin Limonier - Publié dans : "Lettres de Russie"
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Vendredi 7 décembre 2007 5 07 /12 /2007 14:39

Cette semaine j’ai commencé à donner des cours de français. La société qui m’emploie me paye fort bien pour un boulot au final assez plaisant… Mais c’était sans compter sur l’éternel " n’importe quoi " de la Russie ! Mardi, voila que Olga, la secrétaire de cette société de cours de langue (installée à l’institut d’économie de Moscou, un endroit terrifiant où l’Ecole de Chicago semble un repère de communistes en comparaison) me téléphone. Elle a quelque chose pour moi : 3 heures de cours pour 130 € par semaine ! Alors là je dis d’accord  (même si ce sont les prix du marché des cours de langue ici). " Bon c’est un peu loin, me dit Olga, mais tu devrais y arriver. Je te donne l’adresse ". Parfait ! Tout semble bien se goupiller … Je regarde l’adresse sur Internet, essaye de repérer la station de métro la plus proche (qui doit être à 10 bornes au moins) et me voilà parti avec deux heures d’avance. Il me faut déjà une heure pour me rendre à ladite station de métro. Je vous rappelle que la taille de cette ville est absolument inhumaine. En train par exemple, après une heure et demi de trajet en partant du centre ville, on dépasse à peine le MKAD (Moskovskaya avtomobilnaya doroga, équivalent du périphérique parisien, mais en 10 fois plus grand).

Bref je sors enfin du métro. Il ne me reste plus qu’à trouver un marchroutka, c'est-à-dire un petit autobus déglingué qui vous trimbale dans tous les endroits qui ne sont pas desservis par le métro. Mais là les choses se compliquent. Les stations de métro moscovites sont le point de fixation de la vie commerçante et humaine d’un raïon (un quartier, même si leur taille gigantesque galvaude une telle traduction). Lorsque vous remontez à la surface, vous vous trouvez enseveli sous un flot humain impressionnant. Surtout en banlieue et en heure de pointe. Et il se trouve que c’était la banlieue ET l’heure de pointe ! Découragé dans un premier temps par un tel bardak (bordel), je me ressaisis en me disant que je suis en Russie et que les habitants de ce pays ont une fascinante ambivalence vissée aux tréfonds de leur âme slave : Ils sont capable de créer des merveilles d’ordre et d’organisation (le métro est en cela impressionnant), mais ils sont aussi capable de transformer un endroit désert et glauque en un melting-pot chaotique. En endroit aussi épuisant, aussi assourdissant que désorganisé, où l’on entend toutes les langues des steppes, où les babouchka (petites vieilles russes) vendant des châles de laine se mêlent à des ouzbeks qui ne peuvent s’empêcher de vociférer en proposant leurs poulets aux épices ou à des tadjiks patibulaires qui poussent de vieilles charrettes à bras vers des destinations énigmatiques. Et tout cela sous le regard impassible des miliciens, accoudés à une barrière un mégot en coin et la kalachnikov en bandoulière traînant négligemment à leurs côtés… Et au milieu mon auguste personne qui commence à s’énerver. En effet le marchroutka n°247, qui doit m’amener à mon lieu de travail, est introuvable, et je ne peux de toute manière pas faire le chemin à pied. 10 bornes tout de même ! Au bout d’une demi heure je tombe sur un marchroutka n°247. Je monte, demande à une petite vieille toute rabougrie si le véhicule s’arrêtera bien là où je dois aller. Elle me dit que je me suis trompé de sens, qu’il faut prendre le même marchroutka, mais de l’autre côté de la rue. Je suis alors rassuré, j’ai au moins trouvé où je devais l’attendre, ce minibus. Car rien n’est indiqué, et c’est simplement par le bouche à oreille que l’on parvient à deviner les hypothétiques arrêts. Je me place donc de l’autre côté en espérant que la marchroutka n°247 tant espérée ne tardera pas trop. C’est qu’il fait assez froid ! Passent dix, puis vingt minutes, et toujours rien. Je commence à me poser des questions. Je décide alors de demander à une personne qui passait par là si elle sait où je peux prendre ce diable de minibus 247. Celle-ci me répond que le n°247 n’existe pas, qu’il n’a jamais existé. Elle me dit qu’elle habite dans le quartier depuis les années Khrouchtchev et qu’elle n’a jamais entendu parler de minibus 247. Très bien ! Ca me rassure de savoir qu’il existait peut être à l’époque de Nicolas II ce bus 247 … Un peu plus loin je retente ma chance avec les miliciens qui ne semble pas vraiment enclins à vouloir m’aider. Et là je commence à m’énerver un peu plus sérieusement. Je demande à d’autres personnes et le constat est le même : soit les gens ne savent pas, soit ils me disent que ce minibus n’existe pas, qu’il n’a jamais existé … Je décide de marcher un peu, d’appeler mes élèves pour leur dire que je serai en retard, et je commence à pester contre ce défaut d’organisation très oriental, qui fait partie de ces choses qui nous permettent d’affirmer que non, la Russie n’est pas européenne et ne le sera jamais, à part pour Kasparov et quelques Russes Blancs. Sur ces considérations voila qu’un minibus déboule à toute vitesse sur la route que je m’apprêtais à traverser. C’est le n°247 ! Alors là je cours très très vite derrière lui en faisant des signes. La marchroutka lancée à une allure folle s’arrête brusquement dans un effroyable crissement de pneus en dérapant un peu sur le verglas par la même occasion (sinon l’effet de style du chauffeur aurait été râté). Je monte enfin et le chauffeur reprend sa course folle. Bien entendu, puisqu’il n’y a pas d’arrêts de bus, je ne sais pas où je dois descendre. Je n’ai que l’adresse, et la vitesse à laquelle roule l’estafette ne me permet pas de lire le nom des rues ! Heureusement des dames très gentilles m’aident en me faisant signe lorsque je dois descendre. Là je pense être sorti du pétrin. A vrai dire je suis largué au milieu de nulle part. A ma gauche, une plaine recouverte de neige s’étend jusqu’à l’horizon. Il doit d’ailleurs y avoir également un lac, car j’aperçois au loin des gens qui pêchent dans des trous percés dans la glace. A ma droite, une plaine recouverte de neige également, mais au loin des immeubles gigantesques. La dame qui m’a aidé dans le minibus m’avait bien prévenu qu’il me faudrait marcher en direction de ces immeubles. Alors je me mets en route et traverse une mini steppe en faisant bien attention de suivre les traces de pas déjà formées : on peut très vite tomber sur un lac, une plaque de glace pas très solide et finir dans une eau à 0° ! Je passe dans une zone d’usines désaffectées depuis longtemps. Il devait y avoir là un haut fourneau, et juste en face, un bâtiment du Parti à moitié en ruine sur les murs duquel on peut encore lire les vieux slogans à moitié effacés par le temps " Gloire au travail ", " gloire à la grande Révolution prolétarienne d’Octobre ", " camarades, vous êtes les continuateurs de l’њuvres du grand Lénine " … etc. Ce devait être une section du Parti chargée de l’encadrement idéologique (et de l’assistance sociale, il ne faut pas oublier cet aspect positif des commissaires politiques) des ouvriers de l’usine aujourd’hui en ruine. J’imagine d’ailleurs très bien cet endroit à l’époque de Staline. Un grand portrait du moustachu souriant veillant sur ses ouvriers, des bannières rouges qui claquent au vent glacial qui coule de l’est sibérien, et dans l’air les vieilles rengaines patriotiques déversées là par d’antiques haut-parleurs.

J’arrive enfin près des tours, finis par trouver celle qui me convient (la n°4). Il ne me reste plus qu’à trouver l’entrée n°3 de la dite tour. Je trouve l’entrée n°1. Je continue de marcher, je trouve la n°2. Un peu plus loin une autre entrée. Mon calvaire est enfin fini ? Eh bien non ! Car après l’entrée 2 se trouve l’entrée 4 ! Et où peut bien être l’entrée 3 ??

Au voyageur qui voudrait venir traîner ses galoches ici, je donne un conseil simple mais lourd de sens : Une fois que vous avez trouvé le bâtiment où vous devez vous rendre, n’espérez jamais que tout est enfin fini, quelles que soient les épreuves que vous avez enduré pour vous retrouver où vous êtes. Car il faut encore trouver l’entrée, et surtout (surtout !) affronter la camarade concierge qui occupe en râlant son poste au moins depuis Brejnev et qui, en voulant respecter les ordres du syndicat des immeubles de quartier, croit agir pour la Patrie en refusant obstinément de vous ouvrir. Ah ! Que serait la Russie sans ces milliers de vieilles postées partout, prêtes à vous engueuler pour le moindre faux pas dans le métro, les musées, les parcs, les universités, les bibliothèques, les ministères … etc. Bah, disons simplement qu’elles n’ont pas supporté la brusque perte d’autorité dont elles ont fait l’objet dans les années 1990. Alors elles font comme si rien ne s’était passé.

Et me voila enfin arrivé sur mon lieu de travail, 2h et demi après mon départ de l’ambassade. Depuis j’ai balisé le terrain, et j’arrive à y être en une heure et demi !

Par Kevin Limonier - Publié dans : Les joies et les galères d'un Aixois à Moscou
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